mardi 11 octobre 2011

Réponse à un discours de droite


Bien sûr, il y a des gens de droite honnêtes et honorables, qui pensent que l'économie ne peut fonctionner que par le moteur du désir d'enrichissement personnel et que la gauche est à coté de ses pompes ;  parfois, ils aimeraient un autre candidat de droite que le sortant pour 2012.
Mais il y en a aussi qui cultivent pour eux-mêmes et pour les autres le mépris, la haine, le mensonge à l'égard de la gauche. Ces temps-ci, ils sont souvent ridicules. Mais il émerge aussi un discours qui peut être plus audible, et dont j'estime utile de dire un mot. Voici en substance ce discours d'une partie de l'UMP : « Plusieurs indices, dont le principal est l'émergence d'Arnaud Montebourg comme force significative, montrent que le Parti Socialiste devient, ou au moins risque de devenir excessivement influencé par sa gauche (interne ou externe), voire l'otage de cette gauche extrême. Par exemple, le choix de la démondialisation par Arnaud Montebourg est grotesque et fait exploser de rire tous les étrangers. Cette régression, quand elle n'est pas ridicule, est dangereuse et il faut donc voter pour Nicolas Sarkozy».
Voici ma réponse. Il y a sans doute encore des nostalgiques du Léninisme, mais il faut les chercher avec une loupe. Jean-Luc Mélenchon, par exemple, qui à mon humble avis n'a pas tout compris - mais qui peut le prétendre ? - n'est pas léniniste, et est peut-être même en train d'achever le travail commencé par François Mitterand consistant à vider le PCF non pas de toute substance mais de ses cotés les plus ambigus ou dangereux. Quant à ces personnes qui veulent – ou simplement aimeraient - changer de société ou changer la société, parce qu'elles pensent que nous sommes dans une impasse sociétale et économique, il en a beaucoup, y compris quelques patrons petits ou non, y compris des croyants, y compris des socialistes comme A.M., S.R., M.A. et votre humble serviteur, y compris des paysans en difficulté, y compris des artisans, y compris des ouvriers, y compris des individualistes, y compris des fonctionnaires, y compris des cadres, y compris des employés de banque. Ces personnes sont-elles d'une dangereuse extrême-gauche, par inconscience ou perversité ? Non. Ou plutôt dangereuse, ça dépend pour qui. Ces personnes sont en effet dangereuses pour l'UMP et la finance débridée. Pas pour le peuple, pas pour les classes moyennes, pas pour la France, pas pour l'Europe. Au contraire, elles sont à mon avis un espoir, sinon le seul. Comme je l'ai déjà dit, je refuse que soient renvoyés à l'extrême-gauche ceux qui comme moi constatent la toxicité du pouvoir de la finance internationale et souhaitent une société où tout le pouvoir, y compris économique, ne soit pas confié aux seuls actionnaires. On peut tout à fait par exemple être Gaulliste et penser cela. Mais en reste-t-il plus que de léninistes ?
La stigmatisation de tout ce qui apparaît à gauche de F.H. comme dangereux extrémistes – dangereux par inconscience, jalousie, méchanceté... – a deux aspects : un aspect de fond : ces personnes (genre F. Copé) désignent en effet celles et ceux qui menacent leur pouvoir ; un aspect d'opportunité : agiter le spectre de dangereux irresponsables qui risquent de semer le désordre d'une manière ou d'une autre peut leur faire gagner les élections, espèrent-ils. Nous pensons, nous, pouvoir et devoir pour le moins modérer le désordre des marchés et des dettes.
Est-ce à dire que plus le discours est « de gauche », mieux c'est ? Pas du tout en ce qui me concerne. On connaît historiquement les saisissants contrastes entre discours de gauche et actions concrètes ; ces contrastes ne signifient pas qu'il faut tenir un discours de droite mais qu'il ne suffit pas de tenir un discours de gauche pour mériter notre confiance. On sait aussi qu'une partie des « militants » ne comprend pas l'économie et/ou ne s'en soucie pas. Je pense, pour parler par exemple de notre posture vis à vis de la mondialisation que nous devons nous défendre collectivement, surtout au niveau de l'Europe, contre le dumping social destructeur, rapprocher dans beaucoup de cas les lieux de production des lieux de consommation, diminuer notre consommation d'énergie. Nous devons aussi, bien sûr, renforcer notre effort pour avoir quelque-chose à offrir au Sud, à l'Asie, au reste de l'Europe, aux Amériques. Nous devons aussi nous mobiliser pour améliorer notre productivité, autrement qu'en baissant les salaires. Nous devons nous mobiliser pour que la génération qui vient soit formée, pour inventer, pour produire et même pour vendre et échanger, dans le cadre du juste échange. Pour cela nous avons aussi besoin de P.M.E. qui grandissent, et même de grandes entreprises ; de préférence non soumises à la dictature d'une finance qui veut concentrer ses moyens sur ce qui rapporte 15 % par an, et donc détruire le reste. Cela n'est pas extrémiste : c'est même la seule voie raisonnable, difficile mais porteuse d'espoir et de solutions durables.
Dernière minute fantastique : non, ni François Hollande ni Martine Aubry ne se sont montrés en string à la télé. Après avoir publié le présent message, je lis - comme chaque matin - ce quotidien économique d'extrême gauche nommé "Les Echos" et je vois le gros titre : Comment l'Europe aide la vente d'Airbus chinois (en lui donnant les mêmes aides à l'exportation que les appareils fabriqués en Europe). Et le quotidien de s'interroger sur la pertinence de cette aide. Les Echos se donneraient-ils le "ridicule" de s'interroger sur la mondialisation ?

1 commentaire:

Ducésie a dit…

Vas-y mon gars, tu deviens presque aussi bon qu'un (bon) éditorialiste !