François Hollande est premier, Martine Aubry reste seconde, et François sera investi dans quelques jours comme candidat du Parti Socialiste pour les présidentielles de 2012 ; vraisemblablement la personne incarnant le futur changement. La bataille n'a pas été facile : un gros travail d'organisation, un gros travail d'explication, un gros travail pour maîtriser non pas ses nerfs, mais ses pensées : éviter la caricature de l'autre, la confiance excessive dans ses préférences d'hier ; ça a été difficile pour plusieurs, F.H. a sans doute bénéficié d'une bonne maîtrise sous cet aspect. Dès l'entre deux tours pour les candidats éliminés, dès le soir du second tour pour M.A. le ralliement à F.H. s'est exprimé. La décision des participants au vote est claire, sans être un score écrasant manifestant l'absence de démocratie. La participation des citoyens au vote est massive : certes une minorité du peuple de France, mais incommensurablement plus nombreuse que les comités directeurs de partis et même leurs militants. Est-ce à dire que le travail des uns et des autres a été nié, voire liquidé ? Non, ceux-ci (dirigeants, militants, adhérents) se sont exprimés ; mais ils n'ont pas décidé à la place des citoyens concernés.
Pour ma part, j'ai pris mon temps pour choisir pour qui voter, non par hésitation mais par volonté de choisir – dans la mesure de mes moyens de compréhension – en connaissance de cause. J'ai voté pour A.M. au premier tour, pour M.A. au second ; j'ai dit pour qui je votais avant le premier tour, après le second. J'ai même été tenté de mettre les deux bulletins, mais bien sûr, cela annule le vote et est donc contre-productif. J'ai vu des points forts chez les deux finalistes, des questions restées pendantes chez les deux. Globalement, j'étais prêt à me rallier à l'un comme à l'autre, dans l'action, et je me rallie à F.H. sans peine, restant – comme je l'aurais été avec M.A. - libre et vigilant.
Que dire maintenant ? Cela dépend à qui. Non pas que je sois tenté de tenir des discours ad-hoc (et plus ou moins contradictoires) aux uns et aux autres, mais parce que les mots et les articulations d'idées qui sont adaptés aux uns ne le sont pas toujours aux autres. Rassembler ces différents fragments en un seul message peut être intéressant et préfigurer les débats des élections de 2012, Présidentielles et Législatives, du moins tels que je les vois. A vrai dire, chacun de nous peut être concerné par plusieurs des paragraphes qui suivent : nous ne sommes pas toujours simples, même quand il nous arrive d'être naïfs.
Nous avons choisi un homme, pas une femme. Il n'est pas certain que ce soit un hasard. Celles et ceux qui résistent aux préjugés de sexe et de genre se demandent la part de préférence masculine dans ce choix. Je connais des femmes qui ont voté François pour éviter que la préférence masculine ne joue en faveur de Nicolas s'il était opposé à Martine. Nous devons pour le moins appeler François à contribuer de manière active à l'égalité et à la justice entre les sexes. Dans la suite, je dis « ceux » et « ils » ; entendez « celles et ceux » et « ils et elles ».
A ceux qui ont choisi François tôt : bravo ; peut-on vous demander le respect sans soupçon des ralliés ? Peut-on vous demander de conserver votre esprit critique et votre liberté ? Peut-on vous demander d'aider François – et nous tous – à gagner non seulement le match qui vient mais la bataille réelle contre la paupérisation, contre la domination de la finance, pour le retour du progrès ? Non seulement je l'espère mais je le crois et, quoi qu'il en soit, je prendrai ma part. Aucun leader ne peut faire grand chose d'utile s'il est entouré surtout de courtisans.
A ceux qui ont choisi Martine dès le début ou au second tour, à ceux qui ont voté Ségolène ou Arnaud ou Manuel avant de se rallier : que votre ralliement ne soit pas d'opportunité mais mû par la volonté de travailler ensemble ; que votre ralliement ne soit pas le reniement de vos idées mais continue à porter les bonnes idées de celui ou celle avec qui vous avez lutté et de ses équipes; que votre ralliement soit cependant aussi une écoute de François et de ses équipes ; que votre esprit reste libre et critique, que votre effort converge avec celui des autres citoyens voulant retrouver le chemin du progrès.
A ceux qui se sentent à gauche du PS parce qu'ils ne croient pas à la sincérité et/ou à la force des socialistes lorsqu'il faut lutter vraiment pour défendre le peuple. Conservez votre volonté de résistance, conservez votre esprit critique contre la social-démocratie enfermée dans des interdits idéologiques. Écoutez aussi les questions que nous nous posons, souvenez-vous de la difficulté et du caractère aléatoire de la prise des armes, du caractère parfois hasardeux de la démocratie, de la faible utilité d'avoir raison dans une salle enfumée et close, du caractère insuffisant des slogans de rue, des incertitudes de la société à construire ; quoique nous soyons aussi parfois dans la rue ou dans des salles closes. Ne vous reniez pas mais acceptez d'agir avec nous parfois et même de réfléchir avec nous.
A ceux qui pensent que la question majeure est maintenant écologique et que les mecs buveurs de bière, amateurs de gros seins et de gros 4x4 sont aussi parfois de gauche, nous disons notre volonté croissante d'articuler la lutte pour la planète et celle pour le peuple ; notre conviction que le marché ne peut que réagir trop tard à la décroissance de certaines ressources naturelles ; notre revendication de réfléchir à deux fois à la condamnation du nucléaire ou des OGM : l'énergie solaire est d'origine nucléaire (lointaine en kilomètres, il est vrai) et les OGM peuvent être utiles : tout dépend des objectifs, prudences et compétences de ceux qui les développent et les manipulent. Nous voulons vous écouter davantage, assurément ; être écoutés, aussi.
A ceux qui pensent que la vérité est dans le juste milieu entre la volonté du bien du peuple et les réalités du marché, donc que la vérité est dans le centre politique, aussi parce que la gauche soit manque de réalisme ou de compétence soit est démagogue et insincère, je dis que mon rêve post-capitaliste où le marché reste ouvert à un grand nombre d'acteurs indépendants mais où le pouvoir économique, dans l'entreprise, est partagé entre tous les porteurs d'enjeux, pas seulement les actionnaires, je dis que ce rêve là, nous pouvons peut-être le partager. Je dis que la difficulté principale est l'organisation de la gouvernance équilibrée. Je dis que les mesures concrètes pour nous défendre contre les excès du capital financier, nous pouvons les prendre ensemble aujourd'hui et que c'est déjà un pas vers cette société tout simplement humaniste.
A la droite que je qualifie d'honorable parce qu'elle respecte ceux qui ne font ni les mêmes analyses ni les mêmes choix de priorités qu'eux, je dis : nous resterons assurément adversaires, au moins pour ce qui est de la conquête des divers segments du pouvoir politique ; mais il y a quelques évidences, qui étaient souvent des absurdités hier, qui peuvent faire consensus, lorsque l'intérêt du peuple crève les yeux, si l'on ose dire. Je pense à une taxe sur les transactions financières, à la maîtrise de certaines formes de spéculation par exemple.
A la droite de la haine, de la mauvaise foi, du cynisme et de la défense des privilèges, par exemple celle qui accuse les socialistes de trahison de la citoyenneté parce que nous avons choisi d'ouvrir le débat et même le choix de candidats à quelques européens et quelques jeunes engagés politiquement (aucun à Bièvres par parenthèse), la plupart des gens comprennent que ces gens cherchent, aujourd'hui avec difficulté, des arguments pour nous mettre hors jeu. Il convient de répondre brièvement à leurs arguments, sans perdre trop de temps.
A la droite de la préférence nationale, je dis : une part de votre discours, celui qui tend à défendre le peuple français, repose sur des réalités subjectives et même objectives. Toutefois, bien que les uns soient sur le même trottoir et les autres hors de votre vue (?), les principaux responsables de nos problèmes ne sont pas des migrants du sud ou de l'est mais des financiers d'ici (Frankreich) ou d'un autre bout de la planète.
Est-ce que je suis en train de dire « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » ? ou de me placer abusivement et soi-disant au dessus de la mêlée ? A vrai dire je suis surtout méfiant vis à vis de tous, y compris de mes amis... et de moi-même : on peut se tromper, on peut manquer de courage, on peut être inavouablement acculé à « devoir » tromper les autres pour sauver ses « amis », ce n'est pas que « littérature » ou plutôt c'est une opportunité de bonne littérature. Mais je comprends aussi que dans presque tous les secteurs de l'opinion, il y a au moins de bonnes questions – parfois à reformuler ou transformer -, et parfois même quelques réponses dignes d'analyse. Surtout, je pense, j'espère, que au delà des visions globales ou futuristes qui portent un nom (souvent en -isme) et pendant qu'un effort se développe pour en reconstruire sur les décombres du communisme réel et du libéralisme actuel, effort auquel je participe modestement, nous pouvons ici et maintenant trouver de larges consensus pour des progrès peu discutables pour préserver notre avenir sur cette planète, l'avenir de notre jeunesse, l'avenir de notre pays, de notre Europe. Probablement quelque-chose qui ressemblera à l'abondance frugale, à terme ; on n'échappe que difficilement à l'oxymore, confert le développement durable. En tous cas pas aux marchés financiers sans foi ni loi.
J'estime qu'aujourd'hui, tout social-démocrate qu'il est (ce que les uns jugent trop et les autres pas assez à gauche mais souvenez-vous, ce n'est pas vraiment le problème), François Hollande est assez intelligent, honnête, ouvert et de bonne volonté pour nous aider à nous engager dans des voies qui ne sont pas des impasses, à la différence du Président sortant.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire