samedi 4 février 2012

Nicolas Sarkozy nous a causé dimanche 29/11/2012

Une semaine déjà. Je n'ai pas réagi vite. Mais la pensée du Président sortant et ses projets méritent notre attention plus d'une semaine.
Vous pouvez voir ou revoir l'intervention du Président sortant sur Dailymotion, le résumé des mesures fiscales qu'il prévoit sur fiscalonline, quelques éléments de réponse rapides sur le site du PS, puis sur celui de François Hollande.
Voici quelques points que j'ai notés chez quelques commentateurs, puis, petit à petit, les miens.
NS a été un cruel commentateur du bilan du Président sortant :
désindustrialisation de 400 000 emplois,
explosion du chômage : plus un million,
baisse de notre compétitivité industrielle.
NS serait-il commentateur et non comptable de son quinquennat ? Il accuse tantôt la finance folle, tantôt les 35 heures, pas très souvent sa politique.
Déjà vu. NS n'a rien appris, entend-on : il regarde le présent avec les lunettes du passé ; il met en avant des solutions déjà mises en œuvre, accentuées. Il y a là une question classique : lorsque une politique ne donne pas les résultats escomptés, est-ce parce que l'on n'est pas allé assez loin dans la direction prise ou parce que l'on a pris la mauvaise direction ? Faut-il en faire plus dans le même sens ou modifier son orientation ? Dans toute sa généralité, la question n'a qu'une réponse : ça dépend. Dans notre cas, certaines mesures sont apparentement consensuelles, comme la création d'une banque dédiée à l'investissement industriel, à l'économie réelle, pas à la finance, et c'est un changement d'orientation (pour NS, pas pour FH). Mais globalement, pour nous, accentuer l'orientation générale passée de NS nous emmène tous dans le mur (y compris lui-même).
Le « courage » selon NS : demeurer généreux avec les nantis, être assez « courageux » pour demander de nouveaux effort surtout aux autres.
Pour nous, le courage consiste à réintroduire la justice et à oser des mesures qui ne plaisent pas aux maîtres de la finance (même si elles ne plaisent pas aux agences de notation ? Si nous nous rendons moins dépendants d'eux, pourquoi pas ?).
L'augmentation de 1,6% de la TVA est une mesure injuste, parce qu'elle frappe tout le monde sans discrimination.
NS veut organiser un choc des prix en octobre par l'augmentation de la TVA à cette date ; s'il est réélu en mai, nous devrons avaler cette amère pilule ; si FH est élu, il devrait assumer l'impopularité des effets de la mesure. Et, dit-il, cela ne provoquera pas de hausse des prix mais une croissance immédiate pour anticiper la hausse des prix ; cherchez l'erreur.
Les négociations internes aux entreprises du type « Baisse de salaire et/ou augmentation du temps de travail ou licenciement. », dites négociations compétitivité – emploi, sont présentées comme le bon moyen d'éviter les délocalisations ; autrement dit la baisse du coût du travail est nécessaire. Pour nous, il faut surtout un travail plus intelligent, mieux organisé, mieux focalisé.
Les mesures générales proposées transfèrent une part des coûts de la protection sociale vers la TVA, ou, accessoirement, vers la CSG ; vers qui ? Surtout les ménages, ceux qui travaillent et les autres, retraités et autres rentiers, mais aussi entrepreneurs, sans distinction entre ceux qui sont confrontés au risque de délocalisation et les autres. Ce choix présente donc une double faiblesse en termes de focalisation : il frappe les ménages sans distinction de revenus et il frappe les entreprises sans distinction d'exposition à la concurrence internationale.
En termes de compétitivité, la voie alternative à la baisse des coûts est l'amélioration de l'offre : innovation, formation, intelligence, organisation, stratégie. Faut-il une politique industrielle, un État stratège ? À la différence de FH, NS y va quelque peu à reculons, parce que pour les libéraux économiques, l'État serait par nature moins bon stratège que les marchés. Certes, l'État n'est pas par nature intelligent et efficace : il peut aussi se tromper, s'endormir, être au service des puissants. Tout dépend des politiques menées, des personnes qui y travaillent, des processus de décision, de l'organisation.
L'idée que les marchés optimisent automatiquement les choses, que l'argent capté par les entreprises est nécessairement bien employé, même s'il est distribué en dividendes ou bonus, alors que celui affecté à l'État et autres collectivités est par nature un coût sans réelle contre-partie, cette idée là est purement idéologique.
Un éditorialiste du magasine américain Time, Fareed Zarkaria, note dans le numéro du 6 février 2012 « Que l'on aime ça on non (et pour ma part, je n'aime pas), l'Amérique a besoin d'une politique industrielle pour rester compétitive ». Il note que la libre entreprise, sans l'aide de l'État perd du terrain face aux concurrents qui bénéficient d'une telle politique. Apple est maintenant la plus grosse capitalisation américaine, elle fait de gros profits, mais tout ce qu'elle vend est fabriqué en Chine ; cela durera-t-il aussi longtemps que les impôts ? Les chinois resteront-ils des petites mains bon marché et sans têtes ? Cela est déjà et sera de moins en moins vrai. NS dit choisir ce qui provoque la relocalisation, pas le profit de nos industriels. Il est vraiment contre la stratégie de Apple ? A mon humble avis, il ne sait plus très bien.
Et en ce qui concerne le logement ? Voici une question que j'ai posée lundi au Conseil Municipal de Bièvres, dont Hervé Hocquard est Maire (et très probablement futur candidat UMP à la cinquième circonscription de l'Essonne pour les Législatives de juin 2012) :
Le président de la République vient d'annoncer son intention de relever pour trois ans le COS de 30% sauf délibération contraire des Municipalités ou Communautés urbaines ou d'agglomération concernées. Cette mesure est destinée à augmenter le parc de logements disponibles ainsi qu'à soutenir l'activité du secteur de la construction. Si j'ai bien compris, la décision sera par tout ou rien : il ne sera pas possible de s'opposer aux permis de construire présentés dans ce cadre selon qu'ils apparaîtront opportuns ou non ; on pourra seulement identifier éventuellement une autre cause réglementaire permettant de s'y opposer. Nous percevons tous que cette décision a ses bons et ses moins bons cotés, quoique chacun puisse pondérer les différents aspects de manière différente. Il est difficile d'identifier des personnes avouant vouloir bétonner Bièvres, même si nous avons un déficit dans certaines catégories de logements, d'équipements ou d'activités.
Ma question est : avez-vous déjà réfléchi à cette question et identifié votre orientation ou pouvez-vous nous dire quand vous pensez trancher cette question ?
La réponse a été prudente ; ce qui est bon pour la France ne l'est pas nécessairement pour Bièvres...

Une remarque finale : NS fait mine de croire que FH promet n'importe quoi, de « raser gratis », en démagogue pur sucre. D'autres socialistes, allemands ou anglais, ont fait de bonnes choses, mais celui-ci... Quel dommage !
Par exemple, il raille le retour à la retraite à 60 ans. Pour ma part, je n'ai entendu cette proposition de la part de FH que pour ceux qui ont commencé à travailler très jeunes et/ou ont eu longtemps un travail pénible ; pas pour tout le monde. Encore une fois, FH ne cache pas que se libérer de l'emprise de la finance irresponsable ne sera pas une partie de plaisir. Saurons-nous écouter et comprendre ? Pour ma part je l'espère et compte y contribuer ; même lorsque cela demande un regard quelque peu indépendant.

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