mercredi 25 janvier 2012

Le meeting de François Hollande au Bourget

Dimanche 22 janvier, je suis allé écouter François Hollande au Bourget. Pour participer, pour l'éventuel plaisir de sentir passer un courant, pour comprendre un homme encore un peu mystérieux, pour percevoir la réaction de ce public aux thèmes abordés. Du bus nous menant de la gare RER du Bourget au palais des expositions, j'ai vu des groupes de joyeuses adolescentes maghrébines, portant le foulard islamique ou, en cheveux, sortant un foulard de leur sac pour se couvrir, sans doute à l'approche d'un quartier où c'est devenu la règle. Perplexité, on en reparlera. Puis j'ai constaté être arrivé assez tôt pour entrer dans la salle, pas assez pour avoir une place assise. J'ai rencontré un copain de Verrières. Dans le goulot d'étranglement de la porte, j'ai souri à une Dame de soixante ans, sans doute elle aussi maghrébine, portant un foulard – comme ma mère marseillaise en portant autrefois - ; encouragée par mon sourire, elle m'a dit « allons-y, il faut se battre, il faut gagner ». Je la sentais prête aux youyous et pourtant bien de chez nous. Après quelque errance pour tenter sans succès de trouver une place assise, dans une relative bonne humeur n'excluant pas un peu de tension, je trouve une place debout dans un escalier, sur la marche en dessous d'une autre Dame qui s'avère adjointe au Maire de Paris. Cela me fait plaisir : des personnes utiles voire d'une certaine importance n'ont pas de confortable siège réservé et protégé par service d'ordre ; et sa conversation est intéressante en attendant l'ouverture du meeting. Laurianne Deniaud, que j'avais « découverte » à La Rochelle, fait une bonne introduction. Yannick Noah pousse quelques bonnes chansonnettes ; il me choque un peu lorsqu'il souhaite le succès à « notre chef » ; François Hollande n'est pas mon chef.
Puis vient le discours de François Hollande. Voici quelques notes. F.H. insiste sur le fait qu'il cherche à nous représenter, à rester fidèle à ses convictions, à se demander à chaque tournant « cette mesure est-elle juste ? », pas à être notre chef, pas à profiter de la situation. Merci, ça tombe bien ; en plus, je le crois sincère.
F.H. désigne le seul ennemi : la finance cupide et cynique. Tous, enfin toutes les personnes à la fois informées et libres (par rapport à la finance, justement), le savent : le pouvoir acquis par la finance est excessif, injuste, insupportable, il nous mène dans le mur. Ils ont des « assurances » qui spéculent sur le malheur des autres, des ordinateurs qui déplacent des milliards en quelques millisecondes sans la moindre considération pour leurs effets sur l'économie réelle, ne parlons pas des travailleurs, ils prêtent à fort taux l'argent qu'ils n'ont pas mais la monnaie qu'ils créent (on en reparlera aussi), ils sont opaques. Les plus dangereux ne sont pas les banques instituées mais les hedge-funds, les paradis fiscaux, les spéculateurs. Il ne s'agit pas de vieux clichés de Kapitalist en haut de forme et cigare, il s'agit de prises de pouvoir réel, de la capacité de mettre des peuples à genoux, du confinement de la démocratie au choix d'aménagement des espaces verts, quand ils ne les dérangent pas. François H désigne le but : rendre le pouvoir aux citoyens, aux gens, au peuple, non à je ne sais quel Peuple mythique et alibi. Ce n'était pas si clair qu'il allait le faire ; plusieurs ont été surpris : Mélenchon se plaint qu'on marche sur ses plate-bandes, les banquiers s'étonnent et se défendent mezzo-voce. Ils n'ont pas tort de dire qu'ils ne sont pas les plus coupables, du reste.
F.H. replace son but dans la grande tradition républicaine de la lutte pour l'égalité. L'égalité n'est pas l'uniformité ; c'est l'égale possibilité pour chacun de choisir sa voie, de choisir les efforts qu'il accepte et les bonheurs qu'il cherche, dans le respect des autres, souvent en concertation et en coopération avec « les autres ». C'est l'abolition des privilèges qui persistent, renaissent ou naissent.
F.H. annonce des mesures précises. Peu s'y attendaient.
F.H. donne une priorité à l'avenir des jeunes ; pas pour passer la main dans le dos d'une catégorie, mais pour désigner l'espoir de tous, y compris les générations qui les précèdent.
Il ne cache pas les difficultés et annonce qu'il ne faudra pas compter (ou du moins beaucoup moins compter) sur les crédits de la finance.
Il annonce des mesures pour le progrès des institutions : non-cumul des mandats, indépendance des médias et de la justice, réduction des indemnités des ministres et du président, responsabilité du premier ministre. Allons-nous réussir cela ?
Deux fois, je me suis trouvé minoritaire dans la salle à exprimer mon accord. La première fois, il a dit que notre transition énergétique devait viser, pour les années à venir, trois piliers : nucléaire, énergies renouvelables, économies d'énergie ; non pas combustibles fossiles. Je soutiens cette position, qui n'est pas du baratin. En cachant certains problèmes, en virant une dirigeante responsable (Lauvergeon) pour un opportuniste copain, en proposant des centrales à Kaddafi, N.S. a contribué à rendre le nucléaire impopulaire. La seconde fois, F.H. a exprimé l'intention d'un effort particulier en direction des personnes en situation de handicap ; l'audience ne s'est pas sentie concernée ; sans doute ignore-t-elle qu'il y en a environ dix pour cent, que cela peut arriver à chacun de nous.
En revenant de Massy-Palaiseau à Bièvres, j'entends à la radio une (ou la, je ne sais) porte parole de François Bayrou : hélas, elle n'a pas du tout entendu la même chose que moi : elle dit que le blocage des loyers n'est pas la solution (construire est la solution), alors que F.H. a très clairement limité cette perspective aux cas où ces loyers dépassent clairement la mesure et il y en a (avez-vous regardé où les rapports loyer-annuel sur valeur de l'immeuble sont les plus élevés ?). Elle a dit que ce n'est pas le moment de faire des promesses merveilleuses, alors que j'ai surtout entendu un appel à résister au pouvoir de nos vrais maîtres, les financiers ; si elle croit que ça va être facile... Je pense plutôt qu'elle fait mine de le croire ou bien elle pense que ces intentions ne résisteront pas... à la résistance des financiers.
Cela annonce beaucoup de désinformation de la part de la Droite, ou plutôt des Droites. Il faudra continuer la désintox. Mais oui, F.H. m'a surpris comme il en a surpris d'autres : il est clair, sincère, prêt à se battre avec nous ; un courant est passé. Reste pas mal de boulot, avant les élections et peut-être surtout après.
Je vous propose deux liens : l'un de l'équipe de François Hollande d'où l'on peut voir le discours et aussi les principales propositions. L'autre du Nouvel-Obs où l'on trouve une analyse lisible.

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