lundi 5 décembre 2011

Dialogue sur la dette, la démocratie et l'Europe


Un lecteur nous écrit, en réaction à la phrase d'un message « nous ne pourrons pas continuer à vivre durablement au-dessus de nos moyens » la réaction suivante : «  Diable il faut le dire à celles et ceux qui s'expriment dans les journaux du SPF, de la Fondation abbé Pierre et du secours catholique et qui représentent les dix millions de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté dans ce pays. Regardez bien les chiffres, tous les chiffres, de ce pays depuis 2002 ». Je le remercie pour sa remarque qui me permet de préciser et en même temps je suis gêné d'avoir pu laisser poindre un tel malentendu ; « nous » peut avoir plusieurs sens et quand je dis « nous », j'inclus parfois les pauvres en effet, mais pas lorsqu'il s'agit de se serrer la ceinture. Précisons.
Lorsque je dis «  nous ne pourrons pas continuer à vivre durablement au-dessus de nos moyens », je parle de notre endettement croissant, au niveau de l'état, de certaines collectivités locales, de certaines entreprises (des PME surtout), de nombreux « ménages », pas les plus riches bien sûr. Il faut distinguer deux questions : « d'où vient cet endettement ? » et « faut-il vraiment le réduire, et comment ? ».
Pour la première question, il y a, je crois, deux sortes de causes corrélées : la première est que, vraisemblablement dans le contexte de l'effondrement soviétique (ce régime s'était perverti y compris dans sa structure sociale et avait aussi perdu ce qu'il a eu d'efficacité) et de la menace qu'il constituait malgré tout, dans le contexte d'une forme ambiguë mais réelle de ralliement de la Chine au capitalisme, une large part de ceux qui contrôlent l'économie parce qu'ils détiennent les capitaux ont réussi à drainer une part sans cesse croissante de la richesse vers eux même, en sorte que les États et beaucoup de ménages – les pauvres mais aussi une part croissante de la « classe moyenne », parmi lesquels de nombreux travailleurs salariés ou indépendants – n'ont plus le sou. Pour faire simple, les riches ont rassemblé l'essentiel des richesses. Cela se voit par exemple, comme le fait remarquer Frédéric Lordon, au fait que c'est Vinci qui peut payer (et le fait) pour restaurer Versailles, et j'ai un cousin qui, luttant au niveau international contre le tabagisme, est maintenant financé par Microsoft (la fondation, bien sûr). Les autres sont endettés et parfois ne peuvent plus payer. Surtout lorsque, parce qu'ils sont en difficulté, les taux d'intérêt auxquels ils sont soumis explosent. Pourtant, « les riches » ne peuvent continuer à s'enrichir que si les autres continuent à rembourser et à emprunter ; ils ont aussi un petit problème. Mon propos n'est pas ici de parler d'économie, mais simplement d'exprimer que la « crise » est systémique, en ce sens que les riches ne peuvent continuer leur rôle qu'à la mesure du serrage de ceinture des autres, ce qui se heurte à quelque résistance. Non pas que nous soyons dans un jeu à somme nulle (ce que gagnent les uns est perdu par les autres), mais parce que la croissance semble bien maintenant exiger l'appauvrissement de la majorité, si on continue dans cette logique. On en reparlera. Une part des « riches » qui nous concernent sont chez nous, en France, une part à moitié ici (mais fiscalement ailleurs), une part ne sont pas du tout ici. Lorsque je dis : «  nous ne pourrons pas continuer à vivre durablement au-dessus de nos moyens », cela exprime une analyse, non un désir. Nous devons changer « nos moyens », les retrouver, en diminuant le poids de la dette. Ce « nous » inclut la grande majorité de nos concitoyens (et même des habitants de ce pays). Et on risque, en effet, si on ne modifie pas la cause du problème, à « devoir » continuer à réduire le « train de vie » y compris des pauvres. En termes d'objectif et pourquoi pas de désir, nous ne pouvons accepter l'appauvrissement de la majorité. Nous pouvons accepter l'effort, la lutte contre le gaspillage, nous pouvons accepter des comportements rigoureux, mais pas la continuation sans fin de l'enrichissement des riches au prix de l'appauvrissement des pauvres et autres français moyens. Et c'est vrai : c'est souvent en écoutant les grandes associations de solidarité que l'on est informé de la réalité sociale. Alors que faire ? Pour beaucoup, y compris dans le peuple, ou les peuples européens, il y a un problème économique, il faut donc donner les rênes, tous les rênes à ceux qui maîtrisent l'économie, aux gens compétents : aux riches. Les entreprises évitent de payer les charges sociales ? On stigmatise ceux qui simulent une grippe pour toucher une semaine d'allocations. Pendant la grande crise, on a stigmatisé à New-York une dame qui venait en vison à la soupe populaire ; cette dame, divorcée, n'avait plus de quoi se chauffer et à peine de quoi manger ; même avec cinquante pour cent de pauvres, « on » en trouvera toujours assez qui ne méritent plus de vivre, seulement de survivre ; et encore...
Une seconde cause de notre endettement est notre capacité à gaspiller même quand nous ne sommes pas riches ; certes en partie à cause de la pression commerciale, de l'obsolescence organisée des objets, de tous ces trucs jetables et non durables. Mais ce n'est pas seulement de la faute des autres : nous pouvons aussi, si nous ne sommes pas trop bêtes ou fashion victims, habiter des maisons un peu plus chères à l'achat mais moins coûteuses sur toute leur durée de vie, cesser d'être des consommateurs suivistes, voire compulsifs, d'être des hommes sandwich de marques prestigieuses, y compris quand nous sommes pauvres. Les nouveaux logements sociaux à Paris sont plus « durables » que bien des logements de standing. Limiter le gaspillage des riches est aussi une bonne chose. Pourquoi les deux causes (concentration des créances dans peu de mains et gaspillage) sont-elles corrélées ? Parce que les maîtres du Marché ont besoin de voir croître leurs ventes, que ce soit utile et compatible avec la planète ou non.
La question est : pouvons nous accepter un effort pour ceux qui le peuvent encore, dans l'espoir d'arrêter cette machine infernale ? Le Président sortant (qui fait effort pour rempiler, bien sûr) a évoqué il y a quelques années la possibilité ou la nécessité de « réformer le capitalisme ». Les paradis fiscaux vont toujours bien, merci, et on passe à autre chose : l'effort de « tous ». Les socialistes et autres personnes de centre gauche disent parfois « bien sûr, il est hors de question d'exproprier les créanciers ». La méthode traditionnelle d'expropriation des créanciers, l'inflation, pose il est vrai de graves problèmes. Mais nous ne pouvons accepter la liquidation des marges de manœuvre des États, l'appauvrissement sans fin des pauvres, l'entrée d'une part des classes moyennes et des travailleurs (encore une fois, salariés ou non : paysans indépendants par exemple) dans la pauvreté. Je pense que l'on n'évitera pas la dégradation des créances et qu'il n'est pas dramatique mais nécessaire de les dégrader. A condition qu'ils n'aient plus les moyens de nous couper les vivres. Comment réduire la dette et notre dépendance des créanciers ? Les Rois européens faisaient parfois expulser ou embastiller certains créanciers. Il nous faut conquérir – plus que reconquérir – une économie où ce qui n'est pas consommé tout de suite peut être contrôlé, au moins en partie par des gens qui pensent au bien commun, pas par des prédateurs, pas non plus par des commissaires politiques. Il nous faut un autre système bancaire. Il nous faut une autre fiscalité. Même les sociaux-démocrates doivent réfléchir. Il reste du travail. L'entreprise sociale et solidaire n'est peut-être pas qu'une marge sympathique ; elle peut aussi contribuer à nous sortir de l'étranglement par les créanciers. Prendre d'assaut l’Élysée avec des manifestants indignés n'est pas la solution (quoique manifester puisse être pertinent). Ce que font les allemands est loin d'être toujours un modèle, mais examinez le comportement de Volkswagen : ils ont une Région (un Land) dans leur capital, ils n'externalisent pas, ils pratiquent un certain dialogue social. Nous ne devons pas bêler ou désespérer mais travailler à trouver le chemin d'un autre monde et nous y engager ; nous n'avons pas le choix. Pour moi, une grande partie de la solution est l'extension du domaine de la démocratie, non pas sa réduction. La démocratie dont je parle n'est pas la démagogie : elle est l'effort, l'intelligence, la responsabilité, le respect.

Dans ce dialogue, vient ensuite la question des institutions ; notre interlocuteur dit : « Vous avancez également que pour faire face à "La crise" actuelle il faudrait mettre en œuvre plus d'Europe par "une nouvelle organisation européenne à construire" bénéficiant d'un "contrôle démocratique". Diable, vous avez vécu en USSR... Quand j'entends les mots "contrôle et démocratique" je sors mon "1984" actualisé... Je ne crois ni au bon temps de la R. Démocratique A. d'hier et ni aux contrôles des quartiers par le peuple en Chine actuelle... Mais vous avez raison une nouvelle organisation mondiale est à imaginer. Je ne crois pas à une solution européenne seule, à l'époque où se heurtent les impérialismes américains et chinois, les fondamentalismes musulmans, chrétiens et juifs, et les pays émergents contre une Europe immergée dans ses nationalismes résurgents... »
La question du « contrôle démocratique » se pose en effet. Une des raisons du relatif désamour des peuples envers l'Europe est la distance entre les citoyens et les centres de décision européens, l'autre, corrélée, étant leur complexité, qui les rend peu intelligibles et parfois inefficaces. Je ne développe pas, et en conséquence je caricature un peu : l'essentiel du pouvoir en Europe repose maintenant dans les mains d'une poignée de chefs d'exécutifs de pays membres, qui naviguent entre les intérêts communs, les intérêts nationaux et leurs intérêts politiques personnels. Je devrais dire « intérêts et contraintes » plutôt qu'intérêts. Ils ne sont pas élus sur un programme ou même un discours concernant l'Europe. Les citoyens français, par exemple, commencent seulement à entendre quelques paroles britanniques ou allemandes, et on a du mal à percevoir dans les discours de N Sarkozy, par exemple, ce qui s'adresse aux peuples d'Europe.
Je pense donc deux choses : d'abord qu'une large part de nos problèmes ne peut se résoudre qu'au niveau européen et que les postures de conservation de souveraineté n'ont de sens autre que démagogique que lorsqu'elles exigent un mandat démocratique pour l'Europe ou concernent des questions locales, au sens de nationales ; ensuite que les détenteurs du pouvoir politique en Europe doivent être mandatés par les peuples à cet effet et non comme un sous-produit de leur mandat national. Ce ne sont pas nécessairement les mêmes personnes qui sont compétentes et adéquates aux différents niveaux. Nous avons actuellement une assemblée européenne, mais elle a peu de pouvoirs quoique maintenant non négligeables. La commission n'est pas élue. Ce n'est pas le moment d'indiquer les bonnes structures mais une chose est claire : confier le pouvoir au niveau capable de traiter les problèmes est la seule voie pour les traiter et ce niveau doit être élu par les peuples à cet effet. J'appelle contrôle démocratique au minimum le couple classique du contrôle par délégation : contrôle a priori par mandat électif, contrôle a posteriori par l'élection suivante qui fonctionne parfois comme un vote sanction : les électeurs confient le pouvoir, puis le retirent parfois. Ce mode de contrôle par délégation, que j'estime avec bien d'autres insuffisant parce qu'il peut fonctionner comme une boite noire, est le minimum en deçà duquel un pouvoir ne peut être qualifié de démocratique et ne peut être en effet qu'une navigation tortueuse et peu intelligible entre des intérêts distincts. La remarque de mon interlocuteur sur le « contrôle » à la mode RDA, pourquoi pas à la mode Libyenne Kaddafiste, me paraît inadéquate et ce n'est pas à ces types de contrôle que nous nous intéressons, cela va mieux en le disant ; quand je pense à 1984 revisité, ce n'est pas le PS que je crains le plus. Ces « contrôles », que je rassemble pour ma part sous le terme de « commissaires politiques » se sont avérés de multiples fois dans l'histoire comme séparés de la société civile, ne prenant leur légitimité que par cooptation et nomination depuis le sommet d'un appareil, parfois animé a priori de bonnes intentions, mais glissant toujours, parfois sans délai, vers le service d'une forme ou une autre de nomenclature qui instrumentalise une idéologie ou au moins un discours ; une sorte de clergé dévoyé. Nous ne voulons pas de Parti dominant, nous voulons une société civile libre et multiple, au même titre que nous ne voulons pas être dominés par le groupe ou la classe, comme vous voudrez, de ceux qui ont réussi à rassembler sous leur contrôle une part dominante des moyens financiers de l'humanité et par là du pouvoir. La démocratie n'est pas un acquis évident : elle doit être réinventée, sans faire table rase, a minima pour compenser sa dilution dans le pouvoir de l'argent, a maxima pour choisir ensemble ce que nos destins peuvent avoir de commun. Réinventée sans cesse ? Peut-être ; maintenant, assurément.
Dernière question soulevée : l’Europe est-elle vraiment importante au moment de la confrontation Amérique – Chine ; au moment de l'émergence des Brésil-Russie-Inde-Chine ? Certes, l'avenir du monde se joue maintenant dans la reconfiguration du rapport Occident – BRICS, qui n'efface pas complètement le rapport Nord-Sud (par exemple, la plupart des arabes n'est ni en occident, ni dans les BRICS). Certes la France peut faire entendre une voix, la sienne, dans ces deux confrontations, l'une tendant à supplanter l'autre et elle peut gérer elle-même ses fromages exceptionnels. Mais le lieu naturel où nous pouvons compter et agir dans ces dialogues et ces tensions ne peut être que l'Europe. Lui transférer des pouvoirs peut et doit se faire comme un progrès démocratique si la dite démocratie intervient à deux moments : au moment du transfert de pouvoir et dans l'exercice ultérieur du pouvoir. Et il est maintenant clair que nous ne voulons pas décider démocratiquement de perdre le contrôle du peuple sur les « décideurs » européens ; il faut donc dessiner le fonctionnement démocratique de l'Europe avant de décider non moins démocratiquement de lui confier les pouvoirs que nous ne pouvons exercer localement. La méthode qui consiste à lui confier des pouvoirs dans l'urgence et à ajuster plus tard le fonctionnement démocratique ne peut être acceptée.
C'est un mode de dialogue. On peut en trouver d'autres.

dimanche 27 novembre 2011

Comment transformer une vérité en mensonge ressenti


Comment transformer une vérité en probable mensonge et, du même mouvement, comment transformer un mensonge en vérité admise par de nombreux citoyens ? Voici deux exemples de ce processus, qui peut être bien « utile » à ceux qui travaillent à le mettre en œuvre

Premier exemple : le réchauffement climatique

Première phase : face à divers indicateurs, un nombre croissant de scientifiques se pose la question de la réalité du réchauffement climatique, de ses effets, et de la responsabilité de l'activité humaine dans ce processus.
Seconde phase : un groupe se forme alors aux États Unis, formé de vénérables savants ayant généralement cessé toute activité scientifique digne de ce nom, mais ayant des noms célèbres – j'en ai croisé un à Los Alamos -, ayant servi de conseillers à d'anciens Présidents Républicains, et convaincus de la toxicité de toute régulation, au nom de l'Amérique, du Marché, de la science économique vue comme la justification de l'ultra-libéralisme ; ce groupe développe une argumentation qui nie le réchauffement climatique – ce ne serait qu'une fluctuation à court terme – et surtout le caractère dominant de l'effet de serre (on oublierait divers autres effets, on surestimerait celui-ci). Ce groupe soupçonne les tenants de la réalité du réchauffement climatique d'insuffisance scientifique et de partialité. Disposant d'imposants moyens de communication, il est écouté. Nous l'appellerons le groupe négationniste
Troisième phase : face à ce discours qu'ils ressentent comme de l'intox et injurieux pour leur travail, une part des scientifiques travaillant sur le sujet ne se contente plus d'arguments scientifiques, mais puisque ceux-ci ne sont guère écoutés, entre parfois dans une posture militante, dénonce, s'organise, polémique ; au moins, ils en parlent entre eux, par courriers électronique notamment.
Quatrième phase : le groupe négationniste ultra-libéral se procure et publie des fragments de la communication des scientifiques et s'exclame : « on vous l'avait bien dit, ces soit-disant scientifiques sont des militants écologistes, unamerican (non américains), leur parole ne vaut rien, ne croyez pas au réchauffement climatique » . Au total, la fraction du grand public (des citoyens) qui pense que le réchauffement climatique existe diminue, passant grossièrement en quelques années des trois quarts à la moitié.
S'il est excessif ou prématuré de dire que les négationnistes ont gagné – l'avenir nous le dira -, disons qu'ils défendent avec succès les groupes pétroliers, malgré les marées noires (les pélicans embourbés, c'est des images pour femmelettes). Leur seconde arme consiste à dire : « oui, il faut soutenir les énergies renouvelables, d'ailleurs nous le faisons, à vrai dire c'est surtout nous qui le faisons ». Ils oublient de dire qu'ils affectent à ce travail des millions de dollars, en réservant des milliards au développement de l'exploitation des combustibles fossiles, non renouvelables, et responsables de l'effet de serre qui joue un rôle majeur dans le réchauffement climatique ; ils sont dans la logique «j'utilise à mon gré de grosses sommes et fais ostensiblement don de quelques piécettes ». Le grand public, et parfois même les journalistes, confond souvent millions et milliards (qui signifient essentiellement « beaucoup ») et la rareté de cette comparaison quantitative dans la communication qui l'atteint fait son effet. Il est donc vraisemblable, quoique non certain, que les américains n'investiront suffisamment dans les énergies renouvelables que lorsque les combustibles fossiles commenceront vraiment à manquer, en d'autres termes quand le marché s'en apercevra.

Second exemple : la nature de l'opposition en Syrie

Première phase : face aux manifestations en Syrie et à leur répression brutale, un nombre croissant de citoyens et de journalistes estime la répression disproportionnée et illégitime.
Seconde phase : le pouvoir Syrien et ses alliés – y compris la Russie (et Poutine vient de recevoir le prix Confucius) – explique que les manifestants sont violents, qu'il faut bien maintenir l'ordre, que la guerre civile menace.
Troisième phase : face à la violence policière et militaire du pouvoir, une part - encore minime – des opposants passe à la lutte armée, cela fait d'ailleurs débat dans ses rangs, qui s'organisent.
Quatrième phase : vous avez compris ; le pouvoir ne cache pas les quelques tirs dont il est la cible ; au contraire, cela justifie son discours « les opposants sont armés, nous devons défendre la patrie ». C'est nous ou le chaos.

Que nous apprennent ces deux exemples ?

Mon propos est de souligner que dans les deux cas, le mensonge produit sa justification : la critique injustifiée des scientifiques rend certains d'entre eux militants, comme les tirs sur les manifestants accusés d'être des groupes armés amènent une part d'entre eux à la résistance armée. Ces mensonges ont un effet auto-réalisateur, comme parfois les sondages et les notations des agences. Nous devons résister à ces effets, notamment en ce qui concerne la science, en maintenant bec et ongles sa rigueur, plutôt que de passer à la communication, où l'on ne dit que ce qui arrange.
Lorsqu'il y a des analogies dans un débat ou une polémique avec le début des deux processus que nous venons de décrire, on peut légitimement se poser la question de la suite : les phases trois et quatre ne menacent-elles pas ? Les manipulateurs de l'information ne gagnent pas toujours la bataille destinée à défendre leurs intérêts. Nous choisissons la vérité.
JLE

vendredi 25 novembre 2011

Quels débats concernant l'environnement et le nucléaire ?


Nous assistons à des « débats » concernant l'environnement et particulièrement l'énergie nucléaire qui relèvent en partie du cafouillage ou de positions de principe – donc non négociables – ou du questionnement de la légitimité des interlocuteurs (lobby) ou des personnalités des interlocuteurs (un homme de compromis vis à vis d'une femme indignée et peu encline au compromis). J'ai quelques choses à dire sur ces sujets.

D'où je parle ?

J'ai été quinze ans physicien nucléaire, non pas ingénieur nucléaire, non concerné par la production d'énergie, mais cependant attentif à la chose, dès l'époque où un certain de Gaulle attirait de jeunes compétences dans ce secteur. D'autre part, j'ai réfléchi aux questions environnementales, suffisamment pour reconnaître leur importance capitale, je dirais à égalité avec les questions sociales et en forte interaction avec elles. J'en suis encore à me gratter la tête quant à l'interaction entre les questions environnementales et les questions économiques, le « développement durable » étant en partie un tour de passe-passe linguistique pour « résoudre » la question en deux mots.

Sujets environnementaux

Quels sont les problèmes environnementaux auxquels nous sommes ou allons être confrontés ?
L'humanité a déjà été confrontée à de graves problèmes environnementaux, dus aux glaciations, aux désertifications, à la disparition d'espèces. Mais il y a trois nouveautés :
  1. l'impact de l'humanité sur la planète est maintenant très important, par exemple sur le réchauffement climatique, alors qu'il était négligeable dans l'antiquité ou auparavant (sauf localement parfois) ;
  2. nous approchons ou touchons déjà dans quelques domaines les limites des ressources naturelles ;
  3. le système économique dominant ne tient pas « naturellement » compte de ces questions, qui ont peu de valeur marchande malgré le buzz, mais nous devenons en revanche capables d'analyse et pouvons choisir de prendre en mains ces aspects de notre avenir comme civilisation, voire comme espèce ; capables d'action responsables, donc, pas seulement d'analyse et de discours.
L' « écologie » n'est donc pas fondamentalement le souci des « bobos » qui veulent préserver leur jardin. Et si des bobos attirent notre attention sur ces questions, tant mieux ; à condition du moins que nous élevions notre réflexion au delà de leurs problèmes propres, par exemple en pensant aussi au peuple. A tout prendre, on peut écouter ces gens autant que les multinationales et se servir de nos neurones.

Quels sont les problèmes ou les menaces ?

En voici quelques uns, comme ils me viennent à l'esprit :
  • du coté des ressources :
  • l'eau, potable, pour irriguer, pour laver, pour produire, manque et est une menace géopolitique ;
  • l'énergie :
    • les énergies fossiles s'épuisent pour le pétrole (voir peakoil), sont dangereuses pour l'eau des nappes comme les schistes bitumineux, ou pour l'effet de serre comme le charbon ou le gaz qui s'épuisent aussi, quoique moins immédiatement.
    • L'énergie nucléaire mieux maîtrisée en France que dans la plupart des autres pays, est efficace et ne provoque pas d'effet de serre, mais présente des dangers (accidents et gestion des déchets). On se souvient qu'un certain Sarkozy en a proposé à un certain Kaddafi ? C'était du bon leadership, ça ? La sous-traitance insuffisamment formée est un danger, mais c'est moins cher.
    • Les énergies renouvelables que je qualifierais de simples en ce qu'elles exploitent assez directement les ressources solaires, éoliennes, des courants marins, des combustibles naturels comme le bois, de la chaleur de la terre, de la gravitation (hydroélectricité, à peu près totalement exploitée chez nous). Leur exploitation doit à l'évidence être fortement développée, ce qui est et restera long et coûteux, et pose aussi des problèmes « environnementaux » en terme d'espace utilisé, de paysage, de bruit, de gestion de la forêt, de captation de l'eau de ruissellement. Le transport et le stockage sont aussi des sujets délicats : une faible fraction de l'énergie solaire chauffant les sables du Sahara suffirait à fournir l'énergie nécessaire à la planète mais le transport par des câbles à haute tension actuels est inefficace. La supra-conductivité actuelle est très coûteuse. L'hydrogène obtenu en cassant (par électrolyse) les molécules d'eau est un excellent moyen de stockage, un moyen possible de transport, mais cher et dangereux. On en reparlera sûrement. Au passage, l'hydrogène n'est pas une énergie primaire : produire ce gaz coûte un peu plus d'énergie que cela en fournit ; le liquéfier est délicat. Nous ne parlons pas d'AQMI dans le coin. J'ai vu de mes yeux une explosion à Saclay, j'étais à la cantine.
    • Les énergies renouvelables indirectes passant par la biochimie, comme la production de combustibles à partir de la biomasse sans passer par la longue case fossile posent dans l'état actuel des choses des problèmes aussi sérieux que ceux du nucléaire, dont le moindre n'est pas la concurrence de l'usage des terres arables avec l'agriculture à usage alimentaire, qu'elle soit vivrière ou qu'elle passe par la case marchés. Et puis la chimie, c'est parfois dangereux. Mais je pense qu'il y a dans la valorisation courte de la biomasse un potentiel essentiel ; sans doute faudra-t-il passer par des bactéries ad-hoc, fruit de manipulations génétiques (voir en fin de ce message). Les travaux sont en cours, bien sûr.
    • Le mouvement perpétuel n'existe pas. L'énergie solaire recueillie sur la lune n'est pas transportable en quantité. Les effort d'imagination sont possibles, mais pas tous crédibles. Un barrage à Gibraltar est possible, mais cher ; on y a déjà pensé. Le seul miracle plausible est la maîtrise de la fusion nucléaire (voir ITER à Cadarache).
    • Les meilleurs mégawatts sont les négawatts : l'économie d'énergie. Isoler les habitations est une priorité, même en centre ville historique, désolé pour les habitudes des Architectes des Bâtiments de France, mais on aura besoin d'eux pour le faire bien. C'est trop cher ? Pas si on raisonne en coût total sur la durée de vie de l'habitation. C'est ce que l'on fait déjà dans les logements sociaux de Paris, pas dans ceux d'un phalanstère socialiste utopique sur une île déserte. Le coût total devrait être présenté à l'acheteur, pas seulement le coût immédiat. Utiliser des transports plus économes est nécessaire, supprimer la voiture est irréaliste, rendre son usage moins fréquent est possible. Pourquoi le kérosène des charters qui nous emmènent bronzer loin est-il détaxé ? Vous vous êtes posé la question ? Le lobby des voyagistes ? Les pauvres employés des agences de voyage et les guides tunisiens ? Le kérosène doit être taxé. Même si ça nous oblige à bronzer dans les Cévennes. De toute manière il n'y en aura plus beaucoup pour nos petits enfants. Je ne blague pas.
  • La production agricole : il faut nourrir beaucoup de gens, il vaut mieux avoir une certaine autonomie alimentaire ; acheter des salades locales, pas des fraises en hiver. Modérer l'agriculture intensive peu durable et polluante. Laisser vivre des paysans autrement qu'en les assistant. Difficile, on ne développe pas ici.
  • Les ressources naturelles rares (les terres rares par exemple) ou dont le prix grimpe vite (métaux) ; continuer la recherche sur les matériaux. Ne pas laisser les chinois nous priver de terres rares (nécessaires pour l'électronique).
  • Il n'y a pas que la finitude des ressources : il y a aussi la pollution qui détruit la qualité de la vie, voire la vie tout court ;
    • la production excessive et la gestion des déchets ordinaires : la camorra napolitaine ne fait pas l'affaire ; Véolia c'est mieux mais la question doit rester objet de grande attention, pas seulement lorsque c'est à coté de mon jardin. Quoique défendre notre jardin, par exemple la vallée de la Bièvre, il faut continuer à le faire.
    • La production et la gestion des déchets dangereux. Il a les déchets chimiques actifs et même ceux qui sont peu actifs (bouteilles et sacs en plastique mais très peu biodégradables qui encombrent les mers et les plages, notamment. Il arrive qu'on les exporte dans des pays pauvres sans contrôle, sans société civile capable de se défendre. Les déchets nucléaires sont aussi un vrai problème, difficile et coûteux à gérer en raison de leur très long temps de vie (milliers d'années). Mais savez-vous qu'il y a des poches de magma chaud, la chaleur venant de la radioactivité naturelle, à 1500 mètres de profondeur ? Qu'elles sont utilisées ou utilisables en géothermie ? Il y a des mines plus profondes que cela : il faut et on peut enterrer les déchets très radioactifs profondément, dans des structures géologiques stables. Les quantités à gérer sont très faibles comparées à celles sorties des mines. Vous avez vu les déjections d'une mine de cuivre ?
    • Le fonctionnement des usines dangereuses, chimiques ou de production d'énergie : Bhopal a tué beaucoup de gens, souvenez-vous de Sévézo, de Toulouse. Nous devons y faire très attention ; les ingénieurs de sûreté nucléaire ont une culture très supérieure à ceux de l'industrie chimique, dont les services de sécurité - fiabilité sont parfois limités en compétence et en pouvoir : utilisons leurs compétences dans la chimie, par exemple, plutôt que de les mettre en retraite anticipée à l'occasion de la réduction du nucléaire ; ne les stigmatisons pas : utilisons leur grand professionnalisme ; je sais de quoi je parle. L'industrie nucléaire est dangereuse, pas seulement à Fukushima ou dans l'EDF ; les médecins ne font pas toujours attention aux déchets radioactifs des hôpitaux ni aux doses de rayons X reçues par les patients lors des examens. Les tsunamis font beaucoup de morts directement mais aussi par leur effet long sur des centrales nucléaires et leur environnement ; ne mangez pas de riz ou des légumes produit près de Fukushima. Les gens qui y habitent encore sont un rien négligés. Savez-vous qu'une habitante de Bièvres (91570 France), que je connais bien a trouvé des isotopes radioactifs dans la cave d'une maison dont elle a hérité ? Comme c'est une personnes sérieuse, elle l'a déclaré, sur mon conseil d'ailleurs, par une action longue, passant par les cases incrédulité et immobilisme, cela a été finalement enlevé par des professionnels, mais cela lui a coûté très cher ; combien auraient préféré les mettre en douce à la poubelle ? J'affirme qu'il vaudrait beaucoup mieux que ces coûts soient pris en charge par la collectivité locale, quitte à ce qu'elle se retourne contre un tiers responsable. Il y a des quantités significatives de divers isotopes actifs à Saclay (notamment de tritium) ; dangereux. Demandez au hasard à un élu local, à un pharmacien, à un policier, à un pompier comment on est averti et ce qu'il faut faire s'il y a une alerte. Ils ne savent pas. Même ceux qui aiment Eva Joly ou ne l'aiment pas mais sont néanmoins écolos. C'est pourtant assez facile à corriger ; et aussi utile que d'utiliser des toilettes sèches, une bonne pratique, du reste.
  • Les fondements mêmes de l'économie actuelle ; si j'ai bien compris (je suis en train d'étudier, je ne sais pas tout, dites moi si je me trompe), dans nos pays européens (la situation est différente aux États Unis où les pouvoirs publics créent de la monnaie), la création de monnaie est l'affaire des banques : lorsqu'elles nous prêtent disons cent mille euros, elles créent quatre-vingt dix mille euros de monnaie ; ça s'appelle un effet de levier. Elles n'utilisent que marginalement les dépôts des autres clients. Qu'est-ce qui garantit cette monnaie magiquement créée ? Pas de l'or. Uniquement la promesse de remboursement de l'emprunteur. On appelle cela de l'argent-dette (cherchez ce terme sur Google). Cela a plusieurs conséquences : la première est que cela rend nécessaire une croissance importante et indéfinie, un peu hélas comme un Ponzi, et assurément sans égard pour la finitude des ressources de la planète. La seconde est que la monnaie créée n'incluant pas les futurs intérêts à payer, ce mécanisme draine vers les banques une part toujours croissante de la masse monétaire disponible ; en d'autres termes cette « croissance », si elle est peu compatible avec une saine gestion de l'environnement, est parfaitement compatible avec l'appauvrissement du peuple. Ce ne sont pas les États (qui disposent d'un reste de contrôle démocratique) qui font marcher cette planche à billets, ce sont les banques. Tiens, ça ne nous rappelle pas la Grèce, le Portugal, l'Irlande, l'Italie, la rigueur commencée et annoncée ? C'est un ridicule discours gauchiste ou d'ayatollahs verts ? Je crains que non, hélas. La gauche républicaine a une solution ? Cela reste à voir ; il faut l'aider. Tout ce qui est excessif est insignifiant ? Et l'augmentation des ressources accompagnée de la baisse du pouvoir d'achat de la plupart, c'est excessif ? C'est insignifiant ?
Alors vous m'excuserez, mais présenter la production d'énergie nucléaire comme le problème, franchement, je n'y crois pas. Je crois fermement à la nécessité d'une nouvelle économie qui ne nous envoie pas dans le mur en terme d'environnement et nous libère de l'emprise des cupides. Je ne suis pas sûr que nous soyons capables collectivement de faire ce qui est pourtant nécessaire. Parfois, cela tourne mal, quand on n'a pas la capacité, le courage, l'intelligence de faire ce qui est nécessaire : augmentation en flèche de la misère, émeutes, guerres, catastrophes industrielles. Bon, on n'en est pas là ici ; alors on dort sur nos deux oreilles et on crie contre les centrales nucléaires ? On vote à droite, pour garder un type qui s'y connaît en réunions entre dirigeants économico-politiques ?
Parfois, le compromis mécontente tout le monde et ne résout rien : mi-chêvre mi-chou et tout le monde est dans la mouise. Il arrive que je pense en termes radicaux. En ce qui concerne le nucléaire, je pense que la position de François Hollande et de l'alliance EE-LV – PS, qui est en effet un compromis, est correcte : diminuer la part du nucléaire sans le liquider, augmenter (beaucoup) la part des énergies renouvelables et des économies d'énergie, oui, c'est la bonne voie pour les années à venir. Parfois, le compromis est la bonne voie. Avoir un ADN anti-compromis comme Eva, pourquoi pas, mais cela fait parfois dire des bêtises. Notons aussi que l'accord dont nous parlons peut être vu comme un compromis, mais aussi comme une rupture avec une politique de domination du nucléaire qui peut avoir freiné le développement des énergies alternatives renouvelables.
Un mot sur les lobbies : je suis contre les lobbies qui négocient en cachette, financent en dessous de table et menacent en termes courtois. Mais qu'une boite comme Areva rappelle qu'on ne peut pas supprimer un combustible (le mox, voyez par exemple dans wikipedia) nécessaire à des centrales que l'on ne fermera pas toutes, non : elle fait son boulot.
Théologie, philosophie, idéologie... L'homme, délégué à la gestion de la terre par un Dieu unique et tout-puissant, a tous les droits – quoique quelques responsabilités – sur la terre. Les trois monothéismes dont nous sommes familiers, à la différence des polythéismes, nous ont inculqué cette idée, qui persiste bien sûr chez les agnostiques et autres athées. Un peu d'introspection sur cet héritage ne fait pas de mal.
Dans l'univers, une très large partie de l'énergie qui agit (hors la gravitation et de possibles énergies encore peu comprises mais vraisemblablement mineures) est d'origine nucléaire ou subnucléaire : toute la chaleur rayonnée, celle du soleil naturellement, et celle du sous-sol (centre de la terre), qui viennent soit de fusion soit de fission nucléaires ; donc indirectement l'énergie solaire, fossile et géothermique ; et le bois bien sûr. Il n'est donc pas tout à fait ridicule de chercher une compréhension et une capacité de maîtrise directe de ces énergies. Cela est largement fait dans le domaine militaire dont nous parlons peu, alors que ses dangers existent vraiment, cela est partiellement fait dans le domaine de l'énergie et il m'apparaît légitime sinon nécessaire de continuer à travailler pour maîtriser les énergies qui gouvernent l'univers plutôt que de les rejeter hors de notre sphère mentale et de notre sphère d'action. Cela prendra du temps pour maîtriser la fusion, mais je pense que l'on y arrivera ; je préfère une pensée environnementale qui pense aussi à long terme en matière technologique, qui pense aussi en terme de système économique, pas seulement en termes d'épuisement des ressources et de nuisances. L'énergie dominante de l'univers, l'énergie nucléaire, est bien sûr aussi une énergie naturelle, pas une énergie surnaturelle. Ce qui n'empêche pas d'utiliser l'énergie renouvelable, qui n'est nucléaire qu'indirectement.
Modernité. Dire comme je l'ai entendu dire par Madame Joly que l'énergie nucléaire est celle du passé relève de la propagande et non de la pensée sérieuse : dire que ce qui est moderne est bien, donc que ce qui est mal est démodé relève d'une « communication » digne de la plus mauvaise pub. On comprend qu'elle veuille lutter contre l'idée que l'atome c'est moderne donc c'est bien, mais il vaut mieux utiliser de bons arguments que de tenter d'en retourner de mauvais, à mon humble mais stable avis.
Manipulations génétiques. Le plus grand pourvoyeur de telles manipulation est bien sûr la nature. Le problème est que lorsque c'est Monsanto qui les fait, son objectif est le profit immédiat et qu'il est peu concerné par les effets collatéraux ou à long terme. Les effets aux Etats-Unis de ses herbicides sont très intéressants (prolifération d'une mauvaise herbe résistante). Cette question relève d'un sujet de rédaction de lycée : « science sans conscience n'est que ruine de l'âme ». Les multinationales cupides sont peu crédibles en termes de conscience, même lorsqu'elles communiquent sur le thème ; les États ne le sont pas nécessairement davantage : encore leur faut-il pilotage démocratique et transparence. Des acteurs a priori éthiques de la société civile posent des problèmes analogues : les déclarations d'intention ne suffisent pas, la bonne volonté non plus, la compétence est chère, les idées préconçues ont la vie dure. Problèmes difficiles, donc, mais non pas insurmontables. Il n'y a pas de paradis terrestre en vue, l'apocalypse est plutôt une menace qu'une opportunité, pour la plupart d'entre nous. La société communiste (idéale, pas réelle au sens soviétique, que je connais bien pour y avoir travaillé) n'est pas au programme, en tous cas pour 2012. Sans aucun doute, nos sociétés réelles futures devront assumer cette difficulté : continuer et maîtriser des progrès scientifiques et technologiques dangereux. Il restera quelques problèmes même si on élit François Hollande, il le sait, je crois. Un naturisme naïf ne fera pas l'affaire, pas plus que la foi dans l'identification automatique du progrès technique avec le progrès humain. Pas de foi naïve, ni de délégation aveugle à des acteurs insoupçonnables par nature (le Président, l'Etat, l'Europe, les Marchés, le Parti, la Science, une ONG), donc : travail, transparence, intelligence, critique, débat, démocratie. Ou catastrophe. Bien sûr, ne nous privons pas de travailler avec et au sein des acteurs mentionnés, autant qu'il est pertinent : tous ont quelque-chose à dire et à faire.
Pour en savoir plus, procurez-vous le magasine hors série du journal Le Monde qui vient de paraître sur le sujet.
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Je me suis réveillé – pardon j'ai réveillé ce blog – à l'occasion d'un débat que je crois important, par les questions qu'il pose, non par le spectacle qu'il offre ; comme d'hab. A mon avis il n'est pas terminé avec ce message. Bien sûr... A plus.