mercredi 13 juin 2012

La poule aux oeufs d'or


J'entendais il y a un instant sur France Culture, qui laisse encore s'exprimer – cela est nécessaire et cela durera – de braves gens intoxiqués par les évidences de pseudo-économistes, j'entendais donc Alain-Gérard Slama expliquer que la position de François Hollande, voulant « faire payer les riches » c'était tuer la poule aux œufs d'or. Le pauvre homme (FH) est, dit-il en substance, aveuglé par l'idéologie. Permettez-moi de réagir ; il y a plusieurs sortes de « réactions ».
Pour ce Monsieur et ses semblables, la poule aux œufs d'or, c'est les riches. Ils ont bien intégré la doxa : les riches seuls savent faire travailler utilement les autres et le capital ; d'ailleurs, c'est pour ça qu'ils sont riches ; imparable. Mais ne serait-ce pas cette idée qui serait « idéologique » ? Et si, par hasard, la poule aux œufs d'or, c'était ceux qui produisent les richesses et non ceux qui les stockent et ne savent plus les rendre productives ? Et si par hasard c'était le travail qui produisait les richesses, et si mettre les gens au chômage, diminuer leur niveau de vie, capter une part toujours plus grande de la valeur ajoutée, c'était ça, tuer la poule aux œufs d'or ? Et si par hasard, Franklin Roosevelt avait eu raison de relancer l'économie américaine en 1933 en mettant les financiers au pas ? Et si par hasard la spéculation était improductive ? Et si par hasard, être incapable d'utiliser nos forces productives au profit des populations européennes, entre autres, c'était ça le problème ? Et si par hasard, c'était la finance débridée et cupide qui tuait la poule aux œufs d'or en abandonnant l'idée et la pratique de faire croître les revenus des travailleurs comme la productivité ?
Vous l'avez compris, nous pensons comme bien des économistes dignes de ce nom que là est le problème. Nous devrons faire des efforts pour reprendre quelque pouvoir, pour apprendre, par exemple, à gérer une scop, suffisamment pour changer la donne, comme on dit, et mettre l'économie au service des populations ; je ne dis pas « le peuple », ça fait populiste, parait-il. A propos de populisme, le Front National et la fraction de l'UMP qui louche avec concupiscence sur ceux qui voient son discours comme porteur de victoires futures ne dit jamais, bien sûr qui est la poule aux œufs d'or et qui la tue. Ils ne sont porteurs d'aucune solution. Chasser les immigrés ne réglerait aucun problème. Dépouiller les juifs pendant la période nazie (je ne parle pas de les massacrer) a effectivement distribué des biens au peuple allemand, pour un temps ; si-si, je vous assure. Faire les poches des immigrés du sud ne donnerait pas ce résultat, devinez pourquoi : ce n'est pas eux qui accumulent le fruit de notre travail.
Pourrons-nous simplement revenir à un capitalisme bien tempéré ? Je n'en sais rien, beaucoup d'autres non plus. Personnellement, je préférerais contribuer à penser puis constater la naissance d'une autre manière de faire fonctionner nos forces et de distribuer leur produit. Dans une économie de marché où le pouvoir ne soit pas abandonné aux cupides mais partagé intelligemment entre tous les porteurs d'enjeux, pas seulement les détenteurs de capital, et pas du tout les spéculateurs. Voter à droite n'autorise aucun espoir de ce coté. Voter à droite n'autorise guère d'espoir de retour à un capitalisme intelligent : ils veulent seulement que nous caressions leur poule aux œufs d'or dans le sens du poil, si j'ose dire. Et ils croient que la poule aux œufs d'or, c'est les bénéficiaires-grignoteurs-gestionnaires du stock d'or. Ils ne voient pas que le capitalisme capable de créer et distribuer les richesses cède rapidement la place à un autre capitalisme, qui ne sait plus que créer l'austérité pour 99 % d'entre nous. Ils croient ou tentent de faire croire que ce n'est qu'un mauvais moment à passer.
L'histoire n'est pas écrite d'avance, nous le savons maintenant. Nous avons besoin d'intelligence, de justice. La gauche est encore capable d'erreurs. La droite n'est plus capable de progrès. Nous devons voter à gauche et faire travailler (aussi) nos méninges.

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