J'entendais il y a un instant sur France Culture,
qui laisse encore s'exprimer – cela est nécessaire et cela durera
– de braves gens intoxiqués par les évidences de
pseudo-économistes, j'entendais donc Alain-Gérard Slama expliquer
que la position de François Hollande, voulant « faire payer
les riches » c'était tuer la poule aux œufs d'or. Le pauvre
homme (FH) est, dit-il en substance, aveuglé par l'idéologie.
Permettez-moi de réagir ; il y a plusieurs sortes de « réactions ».
Pour ce Monsieur et ses semblables, la poule aux
œufs d'or, c'est les riches. Ils ont bien intégré la doxa :
les riches seuls savent faire travailler utilement les autres et le
capital ; d'ailleurs, c'est pour ça qu'ils sont riches ;
imparable. Mais ne serait-ce pas cette idée qui serait « idéologique » ?
Et si, par hasard, la poule aux œufs d'or, c'était ceux qui
produisent les richesses et non ceux qui les stockent et ne savent
plus les rendre productives ? Et si par hasard c'était le
travail qui produisait les richesses, et si mettre les gens au chômage,
diminuer leur niveau de vie, capter une part toujours plus grande de
la valeur ajoutée, c'était ça, tuer la poule aux œufs d'or ?
Et si par hasard, Franklin Roosevelt avait eu raison de relancer
l'économie américaine en 1933 en mettant les financiers au pas ?
Et si par hasard la spéculation était improductive ? Et si par
hasard, être incapable d'utiliser nos forces productives au profit
des populations européennes, entre autres, c'était ça le
problème ? Et si par hasard, c'était la finance débridée et
cupide qui tuait la poule aux œufs d'or en abandonnant l'idée et la
pratique de faire croître les revenus des travailleurs comme la
productivité ?
Vous l'avez compris, nous pensons comme bien des
économistes dignes de ce nom que là est le problème. Nous devrons faire des efforts pour reprendre quelque pouvoir, pour
apprendre, par exemple, à gérer une scop, suffisamment pour
changer la donne, comme on dit, et mettre l'économie au service des
populations ; je ne dis pas « le peuple », ça fait
populiste, parait-il. A propos de populisme, le Front National et la
fraction de l'UMP qui louche avec concupiscence sur ceux qui voient
son discours comme porteur de victoires futures ne dit jamais, bien
sûr qui est la poule aux œufs d'or et qui la tue. Ils ne sont
porteurs d'aucune solution. Chasser les immigrés ne réglerait aucun
problème. Dépouiller les juifs pendant la période nazie (je ne
parle pas de les massacrer) a effectivement distribué des biens au
peuple allemand, pour un temps ; si-si, je vous assure. Faire les poches des immigrés du sud
ne donnerait pas ce résultat, devinez pourquoi : ce n'est pas
eux qui accumulent le fruit de notre travail.
Pourrons-nous simplement revenir à un capitalisme
bien tempéré ? Je n'en sais rien, beaucoup d'autres non plus.
Personnellement, je préférerais contribuer à penser puis constater la naissance
d'une autre manière de faire fonctionner nos forces et de distribuer
leur produit. Dans une économie de marché où le pouvoir ne soit
pas abandonné aux cupides mais partagé intelligemment entre tous
les porteurs d'enjeux, pas seulement les détenteurs de capital, et pas
du tout les spéculateurs. Voter à droite n'autorise aucun espoir de
ce coté. Voter à droite n'autorise guère d'espoir de retour à un
capitalisme intelligent : ils veulent seulement que nous
caressions leur poule aux œufs d'or dans le sens du poil, si j'ose
dire. Et ils croient que la poule aux œufs d'or, c'est les
bénéficiaires-grignoteurs-gestionnaires du stock d'or. Ils ne voient pas que
le capitalisme capable de créer et distribuer les richesses cède
rapidement la place à un autre capitalisme, qui ne sait plus que
créer l'austérité pour 99 % d'entre nous. Ils croient ou
tentent de faire croire que ce n'est qu'un mauvais moment à passer.
L'histoire n'est pas écrite d'avance, nous le
savons maintenant. Nous avons besoin d'intelligence, de justice. La
gauche est encore capable d'erreurs. La droite n'est plus capable de
progrès. Nous devons voter à gauche et faire travailler (aussi) nos
méninges.
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